Article du mois d’octobre 2026 – proposé par Maguy Del Rio
(Patiente partenaire coordinatrice, Institut du Cancer Montpellier)

Le projet PACTO34, lancé en 2023 à l'Institut du Cancer de Montpellier, évalue l'apport de patients partenaires accompagnateurs auprès de patients traités par thérapies orales. Intégrés à l'équipe soignante, ces patients partenaires proposent un accompagnement personnalisé durant les six premiers mois de traitement. Les premiers résultats, avec plus de 60 patients suivis, montrent une bonne acceptation du dispositif (50 à 60 %) et des bénéfices perçus en termes d'écoute, de soutien moral, de réassurance et de qualité des échanges avec les soignants. Ce dispositif constitue un exemple prometteur de partenariat patient en oncologie, dont l'impact sur l'observance et la détection précoce des toxicités reste à confirmer.
Contexte et objectif
Les thérapies orales (TO) sont devenues le traitement standard de certains cancers. Elles déplacent la prise en charge vers le domicile, ce qui demande une forte autonomie au patient et comporte des risques d’inobservance, de toxicité non détectée et d’isolement.
Avec le soutien de l’ARS Occitanie, l’Institut du Cancer de Montpellier (ICM) a lancé en janvier 2023 le projet PACTO34, avec un double objectif :
- offrir aux patients écoute, soutien relationnel, information adaptée, relais avec l’équipe soignante et « pouvoir d’agir » ;
- évaluer l’impact de cet accompagnement sur les patients, les patientes partenaires accompagnatrices (PPA), l’équipe soignante et l’organisation.
Le dispositif
- Équipe : deux PPA recrutées à mi-temps, déjà formées à l’accompagnement et complétées par des formations sur les TO. Elles sont intégrées à l’équipe pluridisciplinaire de coordination des TO (oncologue, pharmacien clinicien, infirmier de coordination). Elles ont assisté aux consultations du parcours TO, d’oncologie et de soins de support, et ont co-construit les outils, modalités et indicateurs.
- Population : tous les patients sous TO, sans sélection de pathologie ni de traitement.
- Déroulé : l’accompagnement est proposé à la primo-prescription. Le PPA contacte le patient par téléphone entre J20 et J30 pour préciser le cadre. Si le patient accepte, il bénéficie d’un entretien mensuel pendant six mois, en présentiel, par téléphone ou en mixte.
- Évaluation : questionnaires (satisfaction des patients et des soignants, qualité de vie, stress, littératie en santé, évaluation des PPA) et critères de recueil (données sociodémographiques et cliniques, toxicités, score EPICES, score d’observance).
Premiers résultats
- Acceptation : entre 50 et 60 % des patients. Ceux qui acceptent cherchent à échanger avec quelqu’un qui a traversé la maladie, ainsi qu’écoute, soutien relationnel et espoir. Ceux qui refusent se sentent en général bien entourés ou ne souhaitent pas parler de leur maladie.
- Profil : plus de 60 patients accompagnés, dont 85 % de femmes atteintes d’un cancer du sein (reflet du recrutement en onco-sénologie du centre), d’âge moyen 57 ans (30-87). Aucun profil particulier ne se dégage, et les auteurs jugent que l’accompagnement ne devrait pas se limiter à un type de cancer ou de patient.
- Ressenti : les premiers questionnaires évoquent compréhension, réconfort, soutien moral, confiance et réassurance, illustrés par des verbatims.
- Effet sur les échanges avec l’équipe : les échanges avec les soignants sont plus fluides et plus simples pour certains patients.
Effets attendus, non encore démontrés
L’équipe attend une meilleure observance et une détection plus précoce des toxicités. Elle rappelle que l’observance des thérapies orales est souvent sous-déclarée par les professionnels. L’évaluation complète est prévue sur trois ans, avec un volet médico-économique pour pérenniser le modèle et le transférer à d’autres territoires.
C’est un exemple français concret de partenariat patient dans les soins, avec une population surtout composée de patientes atteintes d’un cancer du sein. Il complète bien le cadre du guide HAS de juin 2026.