Article du mois de juillet 2026 spécial « Onco-Dermatologie » proposé par Céline Colacios
(Centre de Recherche en Cancérologie de Toulouse)

Julie Caramel a présenté ses travaux lors du webinaire de recherche en onco-dermatologie organisé le 2 juillet
Le principal apport de cette étude est de démontrer que la plasticité tumorale du mélanome ne constitue pas seulement un phénomène biologique intrinsèque à la tumeur, mais qu’elle modèle directement l’architecture immunitaire locale et influence l’efficacité des inhibiteurs de PD 1. Les auteurs établissent ainsi un lien mécanistique entre l’état de différenciation des cellules tumorales, la polarisation des macrophages et l’organisation spatiale des lymphocytes T.
Sur le plan translationnel, le Melanoma Plasticity Ratio (MPR) pourrait devenir un biomarqueur prédictif de réponse aux immunothérapies adjuvantes. De même, l’identification d’écosystèmes tumoro immuns distincts ouvre la voie à des approches de médecine de précision intégrant non seulement la composition cellulaire des tumeurs mais aussi leur organisation spatiale.
Cette étude essaie de comprendre pourquoi une proportion importante de patients atteints de mélanome ne répond pas durablement aux immunothérapies anti-PD‑1. Les auteurs ont analysé 57 mélanomes cutanés primitifs de stade III prélevés avant traitement adjuvant anti‑PD‑1. Ils ont combiné immunofluorescence multiplex et transcriptomique spatiale afin de caractériser à la fois les cellules tumorales et leur microenvironnement.
Les chercheurs montrent que les cellules de mélanome ne sont pas réparties au hasard dans la tumeur. Elles s’organisent en « patches » spatiaux correspondant à différents états cellulaires. Certains sont différenciés (notamment riches en MITF et SOX10), alors que d’autres sont indifférenciés/invasifs (riches en NGFR ou ZEB1). Cette organisation spatiale est fortement associée à la réponse à l’immunothérapie. Les auteurs ont ainsi défini un Melanoma Plasticity Ratio (MPR), représentant le rapport entre les zones indifférenciées et différenciées. Un MPR élevé est associé à un risque accru de rechute et à une moins bonne survie sans récidive après traitement anti‑PD‑1. Fait important, cette association n’apparaît pas lorsque l’on considère uniquement les proportions cellulaires sans tenir compte de leur organisation spatiale.
L’étude met également en évidence le rôle central des macrophages associés aux tumeurs (TAM). Les zones différenciées sont préférentiellement infiltrées par des macrophages à profil pro‑inflammatoire et potentiellement antitumoral (pSTAT1+, PD‑L1+), tandis que les zones indifférenciées s’associent à des macrophages immunosuppresseurs et pro‑tumoraux (CD163+, PD‑L1−).
Grâce à la transcriptomique spatiale, les auteurs montrent que les cellules tumorales influencent activement la polarisation de ces macrophages. Les régions différenciées présentent des signatures liées à l’interféron‑γ et expriment des chimiokines favorisant le recrutement et l’activation des lymphocytes T. À l’inverse, les régions indifférenciées sont enrichies en signaux liés à l’hypoxie, à l’angiogenèse et à des voies favorisant l’immunosuppression, notamment via MIF/CD74 ou SEMA3B/NRP1.
L’intégration de l’ensemble des données a permis d’identifier deux grands écosystèmes tumoro‑immuns. Le premier, associé à une bonne réponse thérapeutique, est caractérisé par des cellules tumorales différenciées, des macrophages PD‑L1+ et des lymphocytes T CD8+ et CD4+ exprimant PD‑1. Le second, associé aux rechutes, comporte des cellules tumorales indifférenciées, des macrophages pro‑tumoraux PD‑L1− et des lymphocytes T PD‑1− moins favorables à la réponse immunitaire. Ces écosystèmes spatiaux apparaissent comme de meilleurs déterminants du pronostic que l’analyse isolée des populations cellulaires.